Professionnalisation du football Congolais : Comment expliquez-vous, qu’un club comme Diables Noirs après 72 ans d’existence, considéré comme le club le plus populaire du Congo, peine à se professionnaliser et au niveau du Wydad de Casablanca (Maroc) ?

Professionnalisation du football Congolais – Considéré comme le club le plus populaire du Congo Brazzaville, le Club Sportif Multidisciplinaire Diables Noirs,  est aussi sans doute l’un des plus vieux clubs du Congo, pour ne pas dire le plus vieux. Pourtant, le club créé en 1956, donc qui a plus 72 ans d’existence, n’a pas su se réinventer, s’adapter à la mondialisation et à la professionnalisation du football africain au fils des temps, à l’image des clubs comme le Wydad de Casablanca (club populaire du Maroc), ou Mamelodi Sundows, ou même ASEC Mimosas d’Abidjan. Non, Diables Noirs est resté le même club amateur, sans aucun patrimoine, malgré les successions de plusieurs présidents à la tête de son conseil d’administration, d’hommes politiques puissants du Congo, aux hommes d’affaires, aucun des dirigeants n’a eu la vision de faire de Diables Noirs, un club professionnel, doté d’infrastructures propres à lui (siège social et administratif, centre d’entraînement sportif et médical, académie de sports..). Analyse de la rédaction.

Un club avec une grande histoire ! 

Il est difficile de parler de football congolais, sans parler de Diables Noirs, plus communément appelé « Yaka-Dia-Mama, Simba Nsakala », qui est considéré comme le club le plus populaire du pays, considéré comme un club représentatif des Congolais originaire du Sud du Congo, région du Pool. Pourtant, Diables Noirs est un club qui a des fans sur l’ensemble du territoire national, au-delà du département du Pool.

Pour la petite histoire, les Diables-Noirs sont nés des cendres des clubs Olympic de Bacongo et Association sportive de la Mission (ASM) en 1939. Suite au différend que les dirigeants du club avaient eu avec les prêtres de la Paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo, messieurs Dominique Nzalakanda et Boniface Massengo alors dirigeants du club, donnèrent, le 23 juin 1950, le nom de ‘’Diables-Noirs’’ à l’équipe. Ce qui fut considéré comme un crime de lèse-majesté, voire comme un défi par les prêtres missionnaires. Ces derniers ne comprenaient pas que l’équipe de football, née de leurs ‘’entrailles’’ était affublée de ce nom de diables de surcroît noirs.

Au fond, Dominique Nzalakanda et Boniface Massengo n’avaient, par cet acte, qu’officialisé le surnom de ‘’Diables-Noirs’’ dont les avaient gratifiés à Léopoldville (Kinshasa), quelques jours plus tôt, les Léopoldvillois émerveillés par le jeu des Diables-Noirs jouant seulement à 10, au Stade Reine Astrid. Ce match, qui avait lieu en nocturne, avait opposé les Diables-Noirs au club Léopoldvillois Dragon. Ce dernier était jusque-là invincible en nocturne.

En effet, ce fut la première fois que Dragon, avec son ballon blanc surnommé Loulou, fût battu. D’autre part, il sied de signaler que c’est grâce à la bienveillante médiation de Monseigneur Paul Biéchy, alors vicaire apostolique de Brazzaville, et de l’abbé Fulbert Youlou, alors vicaire à la paroisse Saint François d’Assise de Brazzaville, que les prêtres missionnaires acceptèrent de ne plus avoir l’emprise sur le club ASM, devenu Diables-Noirs.

Les ‘’Diables-Noirs’’ fournirent à l’équipe nationale du Congo, de joueurs talentueux tels que Boniface Massengo ‘’Professeur’’, Ange Baboutila ‘’Fantomas’’, Etienne Massengo ‘’Elastique’’, Clément Massengo ‘’Fu Manchu’’, Sangou ‘’Deladanse’’ (qui marqua au Stade Eboué, l’unique but contre les amateurs qui avaient battu la sélection euro-africaine de Brazzaville de France par 9 buts à 1 dans les années 1950), Dominique Nganga ‘’Poison’’, Joseph Mantari ‘’Défoufou’’, Adolphe Bibanzoulou ‘’Amoyen’’, Léopold Ndey ‘’Ziboulateur’’, Jean-Marie Loukoki ‘’Kopa, tombeur de Reims’’, Robert Ndouri ‘’Piantoni’’, Germain Makouezi ‘’La Flèche’’, Maxime Matsima ‘’Yachine’’, Jean-Chrysostome Bikouri ‘’Biskirou, la fusée congolaise’’, Germain Dzabana ‘’Jadot’’, Alphonse Niangou ‘’Yaoundé’’, Jonas Bahamboula-Mbemba ‘’Tostao’’, etc.

En termes de palmarès, Diables Noirs n’est pas moindre : on dénombre 7 titres de champion de Congo (1961, 1976, 1991, 2004, 2007, 2009, 2011), et 9 Coupes Nationales du Congo (1989, 1990, 2003, 2005, 2012, 2014, 2015, 2018, 2022).

Club historique, populaire, mais au demeurant amateur dans son fonctionnement managérial et sportif 

Si Diables Noirs peut se targuer d’être populaire au Congo, tel l’est le Wydad de Casablanca au Maroc, il sied de préciser qu’en matière de gestion managériale et de vision de développement, il y a un grand écart entre le Wydad de Casablanca et Diables Noirs. Le Wydad de Casablanca, est un club professionnel, en plus d’être classé dans le Top 10 des meilleurs clubs d’Afrique, le club peut se targuer d’avoir ses propres installations, à savoir : un siège social et administratif, un centre d’entraînement sportif et médical de haut niveau, une académie des sports, un modèle économique, bref, le Widad de Casablanca d’un autre niveau.

Par contre, Diables Noirs malgré ses 74 ans d’existence, est resté au même statut, celui de club amateur. Il est même difficile de croire, que Diables Noirs manque d’un siège social et administratif propre à lui, rien que ça. Ne parlant pas de centre d’entraînement sportif, d’académie des sports, et encore moins de modèle économique. Il sied de rappeler, qu’il est attribué à tort à Diables Noirs, le stade marchand comme terrain privé d’entraînement, pourtant ce stade à la ruine, appartient à la ville de Brazzaville. Rien n’empêche les « Yaka-Dia-Mama », de signer une convention avec la Municipalité de Brazzaville, mais faute d’organisation et de vision, le club de Diables Noirs est comparable à une âme perdue, sans résidence pour s’abriter.

Contrairement aux clubs des pays du Maghreb, d’Afrique Australe et maintenant quelques clubs d’Afrique de l’Ouest, qui dominent actuellement le jeu en termes d’investissements et de compétitions, grâce des dirigeants de clubs visionnaires, Diables Noirs, tout comme la grande majorité des clubs de football congolais, n’a pas la chance d’avoir à la tête de son comité directeur des dirigeants visionnaires, qui aspirent à faire de ce club mythique, un club professionnel. Pourtant, ce n’est pas faute de bénéficier, de moyens, ou même des supporters prêt à mettre la main à la pâte.

Diables Noirs est sans conteste, l’un des seuls clubs qui a vu passé à la tête de son Comité Directeur, ces 15 dernières années, des caciques du pouvoir politique congolais : l’ancien maire et beau-fils du président de la République, le Directeur Général d’une société privée pétrolière, et aujourd’hui, le Directeur Général de la Police Nationale, connu pour être proche du pouvoir politique. Pourtant, en 15 ans, aucun d’entre eux n’a mis en place, un plan de développement et de structuration professionnel de Diables Noirs. Tout au contraire, ces dirigeants se sont servis, ou se servent de Diables Noirs pour se faire une bonne visibilité personnelle et gagner de l’argent sur le dos de Diables Noirs. Triste réalité !

Diables Noirs, contrôlé par le régime politique congolais en place, pour étouffer ses supporters et éviter toute révolte sociale

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les nombreux passages des acteurs puissants du pouvoir politique congolais à la tête de Diables Noirs ne sont pas de bon cœur, encore moins parce qu’ils adorent Diables Noirs. Non ! Il s’agit pour le pouvoir politique, d’avoir un contrôle sur ce club, qui est en quelque sorte le poumon du peuple, puisque la grande majorité des supporters de Diables Noirs, sont des Congolais originaires de la partie Sud du Congo, en particulier du Pool. Nul ne peut le nier, les populations originaires de la partie Sud du Congo, en particulier du Pool, ont toujours été les plus réfractaires au régime en place, et plusieurs fois, le Pool a été réprimandé sévèrement. Aussi, les populations du Pool sont connues historiquement au Congo, d’avoir le courage à s’opposer à tout régime politique, et très souvent les crises politiques au Congo, ont été en partie déclenchées ou en ont connues une participation de cette partie de la population.

Afin d’éviter toute chute du pouvoir ou tout mouvement social, déclenché par des supporters, comme on l’a vu un peu partout dans le monde, notamment en Amérique du Sud,  le régime politique en place, s’arrange subtilement de contrôler le club Diables Noirs, en faisant élire à la tête du Directoire de Diables Noirs, soit un acteur puissant du pouvoir politique, ce qui permettrait de garder un œil sur ces supporters Diablotins, chauds bouillants, qui peuvent être des éléments perturbateurs, pouvant contribuer à la chute du régime. Cependant, ce qui est triste, toutes ces différentes personnalités lorsqu’elles arrivent à la tête de Diables Noirs, elles ne viennent pas avec un projet précis. Ni pour développer et structurer Diables Noirs, ni pour réorganiser Diables Noirs, pour que ce club populaire tendre vers le professionnalisme, comme les clubs les plus populaires en Afrique du Nord et Australe.

Pourtant, au regard du nombre important des supporters des Diables Noirs, de leur amour et volonté pour Diables Noirs, il suffit d’un vrai projet de Management et Développement de club, pour que ce dernier devienne autonome économiquement, généré des flux d’argent et créé même de l’emploi. Pour rappel, Diables Noirs, c’est plus de 30.000 supporter repartis sur l’ensemble du Territoire National et plus de 10.000 supporter à l’étranger. Voyez-vous, avec la digitalisation et une bonne stratégie, Diables Noirs, peut ressembler à des clubs comme Mamelodi Sundows, Raja de Casablanca, et bien d’autres. Mais le pouvoir politique tient à tout prix, à ne pas laisser ce club se développer.

La mauvaise organisation et le manque de maturité des supporters de Diables Noirs, qui peinent à fonctionner comme les « Socios Sud Américains »

En ce qui concerne les supporters et fans de Diables Noirs, ils sont sans conteste les plus férus du football congolais. Ils sont les plus nombreux et supportent les Jaunes & Noirs, de génération en génération. Toutefois, contrairement, dans d’autres pays, où les supporters participent à la vie du club en étant investisseur, pour l’heure, les supporters de Diables Noirs, ne participent qu’à donner de la voix dans les stades. En ce qui concerne la vie économique de leur club, les supporter de Diables Noirs ne pèsent pas, et ce, pour de nombreuses raisons

L’une des raisons principales, c’est la mauvaise organisation structurelle des supporters de Diables Noirs, qui manque de vision et de maturité pour s’organiser comme le font les fans et supporters communément appelés « SOCIOS » en Amérique du Sud, en Espagne, où les supporters détiennent des actions du club et participent aux décisions du club. Malheureusement, le manque de maturé, le faible niveau de réflexion, de ceux qui dirigent les « Comités de Soutien » de Diables Noirs, ne leur permettent pas de voir plus grand et de faire bouger les choses au sein de la maison Jaune et Noir.

Au regard de tout ce qui précède, nous en concluons que le premier problème de Diables Noirs se trouve au niveau du management et de la vision des dirigeants, qui n’ont pas des compétences dans le Management des Organisations Sportives, puisque les nominations à des postes clé dans Diables Noirs, se font, non pas par vision et besoin de compétences, mais par affinités et relations amicales, voire familiales.

Le second problème de Diables Noirs, ce sont ses supporters, qui sont incapables d’avoir une bonne organisation, comme le sont les « SOCIOS », en Amérique du Sud, en Espagne, et même dans les pays du Maghreb, afin de pousser les dirigeants qui arrivent à la tête de Diables Noirs, à développer le club. Mais comme ils sont mal structuré et organisé, leurs paroles ne pèsent pas aux yeux des dirigeants, qui font ce que bon leur semble, au sein de Diables Noirs, tant pis si cela ne plaît à personne.

En conclusion, tant que nos clubs seront toujours gérés comme des associations sportives de quartiers, communément appelés « EWAWA », notre football aura aussi du mal à se démarquer et à se développer, pour tendre vers le professionnalisme. Une remise en question, de l’ensemble des acteurs est nécessaire, mais surtout, réduire l’emprise du politique dans le football congolais.

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